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  • Philippe De Grandpré

Les opiacés : alternatives et options à privilégier

Dernière mise à jour : 28 janv. 2020


Voici le quatrième et dernier article portant sur la famille médicamenteuse des opiacés. Après avoir présenté la famille de produit et les outils à la portée des pharmaciens pour mieux prescrire, l’importance d’une bonne évaluation bio-psycho-sociale et les dangers d’une dépendance, voici que Philippe De Grandpré nous propose les options à privilégier et les alternatives possibles.

Les morts accidentelles par surdose d’opioïdes existent… Le pharmacien a-t-il un rôle dans la prévention de ce phénomène?

La surveillance de la thérapie médicamenteuse est le rôle du pharmacien, et prévenir le mésusage des médicaments fait partie de la surveillance de la thérapie médicamenteuse. Plusieurs surdoses surviennent chez des personnes à qui les médicaments ne sont pas prescrits.Il faut rappeler à nos patients de ranger les médicaments à l’abri des enfants, mais surtout des adolescents, qui abusent souvent des médicaments des parents ou grands-parents.Il faut aviser nos patients de ne pas partager leurs médicaments; ce qu’il leur convient ne convient peut-être pas à leur voisin.Le pharmacien a aussi un rôle social. S’il a le temps et les ressources, le pharmacien devrait participer à des programmes de prévention de mésusage des médicaments avec les autorités policières de sa région, les écoles et la santé publique.7

La méthadone (thérapie de substitution pour sevrage aux opioïdes) : Que conseilleriez-vous à un pharmacien qui désire entreprendre ce service dans sa pharmacie?

Il faut être ouvert d’esprit, il faut écouter attentivement les patients, établir un lien de confiance, mais mettre des balises claires dès le départ. Le patient doit savoir ce qui est inacceptable pour nous comme pharmaciens. Il doit comprendre qu’on est là pour lui, mais que s’il enfreint les règles de la pharmacie, nous ne pourrons plus l’aider et devrons le référer à une autre pharmacie. Il faut prendre le temps de faire de la formation pour travailler avec des clientèles plus à risque.

Quelles options privilégier lorsque l’opioïde ne fait plus effet et qu’il faut passer à une autre molécule?

Ça dépend de l’évaluation que l’on a faite du patient ainsi que du type de douleur. Il n’existe pas de règle générale.

Quelles alternatives aux opioïdes non médicales devraient être davantage recommandées?

En fait, il ne s’agit pas d’alternatives uniquement aux opiacés, mais bien aux médicaments en général dans le traitement de la douleur chronique.L’activité physique est un puissant analgésique qui est souvent ignoré par nos patients. La crainte de se blesser ou d’aggraver la situation est souvent présente, alors que l’inactivité physique cause encore plus de tort à la santé et augmente davantage le risque de blessures qu’une activité physique modérée régulière.

J’insiste beaucoup sur cet aspect avec mes patients. Je peux atténuer leur douleur avec les médicaments, mais je ne peux pas leur redonner de la force, de l’équilibre ou de la souplesse. Ils doivent travailler sur eux. Un exercice aussi simple que 30 minutes de marche 4 à 5 fois par semaine peut leur être bénéfique.

En douleur, il y a un dicton : « use it or lose it». Lorsqu’on ne stimule plus un membre ou un groupe musculaire, celui-ci devient plus faible et chaque mobilisation devient difficile. Il existe une foule d’autres méthodes non pharmacologiques, par exemple la thermothérapie (chaleur/froid), qui est souvent efficace, mais négligée par les patients. Encore une fois, nous devons prendre le temps de discuter avec notre patient afin de voir quelle alternative lui conviendra le mieux.

Quelle forme de suivi doit-on privilégier avec les patients sous opioïdes (consultations, téléphones, courriels…)?

Je priorise définitivement une rencontre en personne, car elle permet de voir la réaction du patient à nos questions, et d’évaluer plus facilement les craintes et problèmes du patient.Je conseille le suivi téléphonique et par courriel dans le cas d’un patient que l’on connaît bien et chez qui le traitement se déroule sans problème, pour permettre un suivi plus rapproché, ou encore si le temps nous manque.

Par Philippe De Grandpré Pharmacien spécialisé en douleur chronique

#Opiacés

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